
Je ne recherche rien dans mon travail, c’est lui qui m’a choisie. Je ne peux pas ne pas créer, il s’agit de qui je suis. Je travaille de façon très irrégulière, toujours en proie à des doutes quant à ma créativité. Souvent je laisse l’essentiel se noyer dans l’urgent et l’immédiat. Mais quand je réussis finalement à être dans l’atelier assez longtemps pour y croiser les muses, il m’est donné de vivre des moments exceptionnels, où j’éprouve la certitude d’être à la place que la vie a prévue pour moi – et c’est ça, le bonheur !
Je travaille de façon spontanée, en faisant des taches colorées sur la toile blanche. Je retourne une fois, deux fois, encore et encore. Je me détends et j’attends. C’est alors qu’apparaît une forme ou une image qui me viennent depuis mon subconscient. Parfois elles deviennent une oeuvre figurative, très souvent elles restent abstraites. Une fois la forme choisie, je la travaille avec rigueur.
Ce que j’aime dans l’abstrait est que le rôle du public y est plus évident. Chacun y voit quelque chose de différent, selon son vécu et ses sentiments. D’une certaine façon, c’est lui qui finit le tableau et celui-ci se multiplie par le nombre de spectateurs. C’est comme si je pouvais partir en voyage avec le public, un voyage intérieur. C’est pour ça que j’aime exposer mes peintures.
Vu que je ne choisis pas mes sujets mais je les laisse venir, je peux poser sur le résultat un regard plus ou moins extérieur. Je suis souvent frappée par l’évolution que je perçois, toujours vers plus de clarté et de luminosité à mesure que ma vie avance. Je crois que les artistes plastiques, nous sommes une sorte de messagers du visuel collectif, et chacun de nous est branché sur une fréquence différente. Et je suis heureuse de véhiculer un message qui dit que malgré tout ce qui ne va pas dans le monde, la lumière et la couleur sont là si on se permet d’aller les chercher.